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Les mots vont me sauver la vie |
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Un seul mot Le bon mot Le mot juste Prononcé Sans penser Insensé Illogique Mais si vrai Qu’on savait Qu’il faudrait Le crier Pour tous ceux Qui se taisent
Les mots vont me sauver la vie comme une barque de sons sur les marées du silence Tangue, tangue les cris de ma démence Donnez-moi la clef maîtresse Celle qui ouvre les ciels gris Tous les royaumes ensevelis Les cités d’or et de lumière Les plus sûres de toutes les frontières Les secrets qui dorment écrits Sur la paume d’une reine morte Les mots font les histoires Gardent le plus pur de la mémoire Ils se connaissent tous entre eux Ils ingurgitent le pire et le mieux Susurrent des confidences Déclarent les guerres Signent les paix, avec la même confiance Crie la douleur et la jouissance, avec le même plaisir Comme si tout cela avait un sens Les mots n’écoutent pas ce qu’ils disent, renient ce qu’ils ont signé Les mots ont mauvaise conscience Vivent de trahison en exil Les mots vivent sur une île Sur une mer d’inconscience Les mots ne servent qu’un seul maître C’est lui qui les a inventés à son image et à sa ressemblance Les mots sont humains Il ne faut pas se surprendre s’ils ont un prix Celui que fixe la bourse de New York et de Tokyo Les mots voyagent en première Sur tous les continents de la terre Il faut travailler longtemps pour bien les connaître et pour les découvrir Les laisser vous envahir Il faut arrêter de penser et les laisser vous guider Croyez-moi ils vont décider Tous les écrivains sont des marionnettes Ils écrivent pour donner un sens à leur pauvre vie Comme moi menotté à ce clavier à croire et à espérer Retrouver quelques miettes de mon essence sous la sueur et l’encre
Les mots n’ont pas d’oreille Ils parlent sans s’arrêter Pour vite se libérer Du bâillon du silence
Les mots cherchent le sens Au fond sous la routine Les mots nous imaginent Libérés de nos panses
Les mots sont nos alliés Pour tout recommencer Au cœur de la nature Sans combat, sans rupture
Les mots sont magiciens Les solutions parfaites Les projets, les recettes Jaillissent de nos mains
Des mots automatiques Enchaînés mécaniques L’invention synthétique Des humains erratiques
Ils peuvent m’aider, je suis désemparé Je cherche un sens à ma vie Ne riez pas je suis meurtri De tous les silences de la terre Sur les plus lourds mystères Qui m’entourent et me tourmentent Toujours cette folle démence De ne pas savoir ni le comment ni le pourquoi de la vie Tous les désarrois les délits contre la nature humaine Sur les plaines immenses et lointaines Et puis tout près de moi la stupidité des lois Qui s’érigent souveraines pour protéger les rengaines De ce dieu très pourri La très sainte économie On ne peut pas être contre la richesse Florissante et proprette Tout habillée de blanc Vêtue de soie et d’ornements Toutes les vies de l’occident sacrifiées inutilement À entasser des vêtements, des bijoux et des cassettes Des voitures et des maisonnettes Le dernier cri des ordinateurs, dévalué après une heure Les pistolets de ces tueurs Les forces armées de la terreur Embrigadés contre la peur De voir le mal en habit noir Faire la course sur nos trottoirs Derrière le bien en froufrou blanc Pauvre victime de l’étranger Venu pour nous assassiner Et les étudiants très très sérieux Qui étudient de leur mieux Pour entrer sur le marché de la dépense La panse pleine on s’en balance De ceux qui se gaspillent dans la boucane La poudre blanche et la bière dense Il faut bien compter ses sous Se tailler une place bien à nous Un palais d’or sur une montagne Entouré de jolies femmes épatées et subjuguées Par ma riche virilité Tous les hommes que j’aurais vaincus Au jeu du marché et des écus Attachés comme des infidèles À mes pieds suppliant que j’épelle Une fois leur pauvre nom Pour les sortir de ce donjon Médiocre et sans lumière Des pauvres de la terre Qui n’ont pas su faire des affaires Où est le tiers monde Celui qui meurt de faim Qui se tire toujours dessus Celui qui n’en peut plus Mais qui possède des richesses naturelles Tellement immenses et tellement belles Qu’il y a toujours un bon samaritain Qui l’aide un peu comme ça pour rien Et se souvient soudain de la raison de sa venue Faire du blé au plus sacrant et repartir en riant Comment mettre à nu jusqu’à l’os Comment mettre à l’os nu Les complots les traquenards Les doubles faces et les cigares Les connivences les stratagèmes De toutes les races humaines Blanche, noire, rouge ou verte La couleur de la peau ne peut pas nous aider À retrouver la vérité Un semblant d’humanité Les loups sont dans la bergerie Tous les jours en plein midi Il faut fermer son cœur à clef Notre voisin est détraqué Paniqué, effrayé Comme moi comme nous Je cherche un homme avec une lampe à la main Au milieu d’un désert Le désert de la ville En plein soleil au milieu de la foule Parmi des étrangers sans yeux Je cherche un homme qui fait vraiment ce qu’il aime Le beau, le bien, le vrai, le pur Ouvert sur sa profonde nature Sans marcher sur les pieds de personne Au-delà du ça de l’ego et du surmoi Un être sûr de soi Sans trop l’être évidemment Et puis j’ai cinquante millions d’années Ça vous cogne sur le nez Et tous les pépères que je fréquente Pris de la tête ou bien du ventre Avec une litanie de petits maux Comme le plus lourd de tous les fardeaux Parlent de la retraite prochaine Délivrance souveraine Vers le vide et le repos Et la mort certaine Qui nous guette au tournant Comme Marc, François et Richard Qu’on a enterré en pleurant Sur notre propre misère Et il faut donc en profiter De l’argent qu’on a amassé Enfin le mot est lâché Avant que de crever Et c’est à cette heure de vérité Que toute la futilité Des grandes quêtes humaines Apparaît violente et soudaine Sous son plus triste jour Les mots ont un secret pouvoir De s’entrechoquer dans le noir De ma petite cervelle Et de rechercher sur le clavier Lumière et clarté La rime ne peut pas se tromper Elle ne sert aucun maître Elle peut autant faire apparaître La bêtise la plus charmante Et la profondeur la plus affolante Qu’on s’en vexe ou s’en enrage Les mots accouchent de trous noirs Dans la galaxie des espoirs humains.
Les mots vont me sauver la peau Je marcherai au fond des eaux !
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Mis à jour le Samedi, 14 Août 2010 14:58 |