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Un homme tient un révolver Envoyer

Texte _ Denis Girard (2010)

Dans un gros bourg cossu et florissant du nord de ce pays
Où les gains de capital font rêver les tout-petits
Un vieil homme tient fermement un revolver au bout de sa main
Il se prépare depuis longtemps le choix de l’arme les cours de tir
Il n’a rien laissé au hasard il a tout planifié minutieusement
Il est dans son droit et ses intentions sont louables
Il veut punir un salaud écraser un être méprisable
Il met en joue un financier qui a ruiné beaucoup de petits travailleurs
Il leur a volé leur retraite les efforts de toute une vie
L’homme d’affaires vient de recevoir sa liberté conditionnelle
Le vieil homme l’attendait à la porte de la prison
Le vieil homme connaît plusieurs de ses victimes
L’une d’entre elles s’est donné la mort découragée
Cette personne était le père du vieil homme et il a décidé de le faire payer

Il ne croit ni à Dieu ni aux hommes
Il n’a plus rien à perdre sa femme vient de le quitter pour toujours
Il a décidé de faire quelque chose d’utile pour la vie
Il va débarrasser la Terre d’une charogne
Il ne ressent aucune culpabilité juste une joie secrète
Comme quand on est sûr de faire le bien
La justice laisse les crapules voler impunément les pauvres gens
Il faut bien que quelqu’un s`en occupe vraiment
Il se sent suffisamment généreux pour défendre cette cause
Les voleurs de vie sont nombreux par ici

Un jeune homme le suit de loin une carabine à l’épaule
Il a le doigt sur la détente il suit le vieil homme dans sa mire
Il veut bien faire son travail de policier frapper au bon moment
Il doit tirer son épingle du jeu, montrer ce qu’il sait faire
Il sue tant il a peur il doit agir au plus vite
Mais le temps s’étire à n’en plus finir
Son téléphone vibre sans arrêt
Est-ce son capitaine, un collègue qui sait
Il peut tout perdre à répondre

Le suspect au bout du fusil
Qui est au bout du fil
Il est responsable de la surveillance
La moindre erreur et son poste est perdu
Tout peut changer en un instant
Soudain le vieil homme appuie sur la détente
Le financier s’écroule une balle en plein front
Il n’a eu aucune chance mort sur le coup
Le policier est atterré sa main tremble il doit faire quelque chose
Il tire à son tour pour ne pas laisser le vieil homme s’échapper
Le vieil homme se retourne en se tenant l’épaule
Le policier fait feu à nouveau pour l’empêcher de fuir
La balle traverse la poitrine du vieil homme qui s’écroule

Un jeune homme de 18 ans regarde le film à la télévision
Il approuve la conduite des deux hommes
Il y a des moments dans la vie où il faut agir
Tuer parce qu’il faut punir un crime odieux
On peut tuer quelqu’un si on a une bonne raison
C’est une affaire de logique
Il faut que justice soit faite à tout prix
Ses parents viennent de divorcer
Son père a abandonné sa mère pour une autre femme
Dans sa religion c’est très mal une faute très grave
Et sa mère ne cesse de pleurer depuis des jours et elle veut mourir
Il ne sait plus quoi faire il a peur pour elle
Sa jeune sœur de 14 ans a pris la défense de son père
Elle refuse de consoler sa mère et elle l’accuse
Ils s’engueulent et elle pleure et il essaie de raisonner sa soeur
Elle se moque de lui et l’envoie promener
Un soir après une chicane la sœur frappe sa mère au visage
Elle s’enfuit dans sa chambre
Le grand frère la force à ouvrir
Il faut mettre de l’ordre
Protéger sa mère de toutes ces blessures du monde de son père
C’est une affaire de logique
La raison est de son côté
Le jeune homme prend son couteau et frappe sa sœur
Elle s’écroule
Le jeune homme ressent une immense paix
Il ne regrette rien
Il regarde le sang dans sa main et il pleure

Mots clés: ganache au cognac
Mis à jour le Dimanche, 05 Septembre 2010 15:06
 
Le silence Envoyer

Texte _ Denis Girard

C’est bon d’écouter le silence
On a dit qu’on l’avait muselé
Alors on est sûr de ne rien entendre
Mais c’est surprenant au début
Mais si on prend la peine de tendre l’oreille
Sans se laisser distraire par les mouches qui volent
C’est renversant de le constater
Mais il parle le silence et
Ce qu’il raconte on a beau se boucher les oreilles
On est forcé de l’entendre

Il parle des gens qui courent sans trop regarder
Ils ont une idée en tête et elle prend toute la place
Ils veulent y arriver coûte que coûte, alors
Ils foncent
Tous ces gens qui se démènent et frappent les pavés pour arriver à temps
Ça fait un bruit d’enfer, comme une armée marchant au pas vers le combat
Et c’est normal car les soldats eux aussi ils se dépêchent
Pour faire quelque chose qu’ils n’aiment pas
Comme tuer des gens

Le silence observe et regarde ceux qui le brisent
Et il se tord de rire, un rire de la tête qui passe inaperçu
Un rire sur l’inutile, sur les bruits de l’existence
Un rire sur les grimaces que font les gens lorsqu’ils font quelque chose qu’ils n’aiment pas
Et il n’y a rien de plus facile que d’écouter la raison
Et elle est forte la voix de la raison
Elle veut toujours nous forcer à faire ce que l’on déteste
Et elle gueule des ordres à tout rompre dans le fond de chaque conscience pour se faire écouter
Et l’humanité l’écoute religieusement
Et laisse les agendas contrôler la vie au rythme du tic-tac
De l’horloge que l’on a greffée au bras de chaque personne humaine
Pour contrôler le travail qui ne nous donne souvent rien
Pour nous remplir le cœur et qui nous use au jour le jour

Le silence ouvre son œil immense sur la beauté de la lumière
Il court les sous-bois et flâne à la surface des lacs
Se laisse bercer par le vent dans la crinière des arbres
Le silence est sourd comme un pot, rien ne peut l’atteindre
Il ne reçoit d’ordres de personne
Il ne se presse jamais pour répondre aux attentes des autres
Il a tourné ses oreilles vers l’intérieur de lui-même
Et vit au rythme du souffle qui monte en lui et redescend, inlassablement
Rien ne vient bouleverser son rythme si ce n’est le secret de sa paix intérieure
Le silence est amoureux, et c’est cela qui lui a bouché les oreilles à jamais
Car tout le monde le sait, les amoureux sont seuls au monde et s’aiment en silence
Au fond de lui, la passion le transporte et il tremble de plaisir devant tout ce qu’il découvre
Il voudrait crier tellement son émotion est grande
Mais il ne veut rien gâcher alors il se tait et reste bouche cousue
Pour ne rien gâcher

La beauté l’a hypnotisé et il la regarde changer de forme à chaque seconde
Ici c’est une jeune femme gracieuse fragile dans sa robe blanche
Là un hibou aux yeux jaunes, immobile au milieu du bois
Il connaît aussi la laideur qui surgit partout avec fracas
Et brise l’harmonie avec le malaise qui la fait souffrir dans chaque parcelle de son corps
Et il se sent si triste quand il lui fait face qu’il préfère ne rien dire
Le silence voudrait parler de la mort qui est si semblable à tout ce qu’il connaît de la vie
Il l’entend qui guette et ça l’inquiète
Car il ne sait jamais quand elle va frapper

Alors il choisit de se moquer d’elle
Car il connaît tous les petits bruits qui la trahissent
Et il sait qu’il l’accompagnera partout où elle ira
Et son rôle de témoin lui donne le pouvoir de celui qui sait
Qu’elle n’a aucun plan aucune stratégie et qu’elle est un peu folle et
Regrette toujours tous les gestes qu’elle pose et répète sans cesse que
Ce n’est pas sa faute et
Elle tente de se laver les mains, mais elle hurle lorsqu’elle aperçoit les taches rouges
Du sang qui lui souille les mains

Mots clés: ganache au cognac
Mis à jour le Samedi, 14 Août 2010 18:54
 
Les mots vont me sauver la vie Envoyer

Texte _ Denis Girard

Un seul mot
Le bon mot
Le mot juste
Prononcé
Sans penser
Insensé
Illogique
Mais si vrai
Qu’on savait
Qu’il faudrait
Le crier
Pour tous ceux
Qui se taisent

Les mots vont me sauver la vie comme une barque de sons sur les marées du silence
Tangue, tangue les cris de ma démence
Donnez-moi la clef maîtresse
Celle qui ouvre les ciels gris
Tous les royaumes ensevelis
Les cités d’or et de lumière
Les plus sûres de toutes les frontières
Les secrets qui dorment écrits
Sur la paume d’une reine morte
Les mots font les histoires
Gardent le plus pur de la mémoire
Ils se connaissent tous entre eux
Ils ingurgitent le pire et le mieux
Susurrent des confidences
Déclarent les guerres
Signent les paix, avec la même confiance
Crie la douleur et la jouissance, avec le même plaisir
Comme si tout cela avait un sens
Les mots n’écoutent pas ce qu’ils disent, renient ce qu’ils ont signé
Les mots ont mauvaise conscience
Vivent de trahison en exil
Les mots vivent sur une île
Sur une mer d’inconscience
Les mots ne servent qu’un seul maître
C’est lui qui les a inventés à son image et à sa ressemblance
Les mots sont humains
Il ne faut pas se surprendre s’ils ont un prix
Celui que fixe la bourse de New York et de Tokyo
Les mots voyagent en première
Sur tous les continents de la terre
Il faut travailler longtemps pour bien les connaître et pour les découvrir
Les laisser vous envahir
Il faut arrêter de penser et les laisser vous guider
Croyez-moi ils vont décider
Tous les écrivains sont des marionnettes
Ils écrivent pour donner un sens à leur pauvre vie
Comme moi menotté à ce clavier à croire et à espérer
Retrouver quelques miettes de mon essence sous la sueur et l’encre

Les mots n’ont pas d’oreille
Ils parlent sans s’arrêter
Pour vite se libérer
Du bâillon du silence

Les mots cherchent le sens
Au fond sous la routine
Les mots nous imaginent
Libérés de nos panses

Les mots sont nos alliés
Pour tout recommencer
Au cœur de la nature
Sans combat, sans rupture

Les mots sont magiciens
Les solutions parfaites
Les projets, les recettes
Jaillissent de nos mains

Des mots automatiques
Enchaînés mécaniques
L’invention synthétique
Des humains erratiques

Ils peuvent m’aider, je suis désemparé
Je cherche un sens à ma vie
Ne riez pas je suis meurtri
De tous les silences de la terre
Sur les plus lourds mystères
Qui m’entourent et me tourmentent
Toujours cette folle démence
De ne pas savoir ni le comment ni le pourquoi de la vie
Tous les désarrois les délits contre la nature humaine
Sur les plaines immenses et lointaines
Et puis tout près de moi la stupidité des lois
Qui s’érigent souveraines pour protéger les rengaines
De ce dieu très pourri
La très sainte économie
On ne peut pas être contre la richesse
Florissante et proprette
Tout habillée de blanc
Vêtue de soie et d’ornements
Toutes les vies de l’occident sacrifiées inutilement
À entasser des vêtements, des bijoux et des cassettes
Des voitures et des maisonnettes
Le dernier cri des ordinateurs, dévalué après une heure
Les pistolets de ces tueurs
Les forces armées de la terreur
Embrigadés contre la peur
De voir le mal en habit noir
Faire la course sur nos trottoirs
Derrière le bien en froufrou blanc
Pauvre victime de l’étranger
Venu pour nous assassiner
Et les étudiants très très sérieux
Qui étudient de leur mieux
Pour entrer sur le marché de la dépense
La panse pleine on s’en balance
De ceux qui se gaspillent dans la boucane
La poudre blanche et la bière dense
Il faut bien compter ses sous
Se tailler une place bien à nous
Un palais d’or sur une montagne
Entouré de jolies femmes épatées et subjuguées
Par ma riche virilité
Tous les hommes que j’aurais vaincus
Au jeu du marché et des écus
Attachés comme des infidèles
À mes pieds suppliant que j’épelle
Une fois leur pauvre nom
Pour les sortir de ce donjon
Médiocre et sans lumière
Des pauvres de la terre
Qui n’ont pas su faire des affaires
Où est le tiers monde
Celui qui meurt de faim
Qui se tire toujours dessus
Celui qui n’en peut plus
Mais qui possède des richesses naturelles
Tellement immenses et tellement belles
Qu’il y a toujours un bon samaritain
Qui l’aide un peu comme ça pour rien
Et se souvient soudain de la raison de sa venue
Faire du blé au plus sacrant et repartir en riant
Comment mettre à nu jusqu’à l’os
Comment mettre à l’os nu
Les complots les traquenards
Les doubles faces et les cigares
Les connivences les stratagèmes
De toutes les races humaines
Blanche, noire, rouge ou verte
La couleur de la peau ne peut pas nous aider
À retrouver la vérité
Un semblant d’humanité
Les loups sont dans la bergerie
Tous les jours en plein midi
Il faut fermer son cœur à clef
Notre voisin est détraqué
Paniqué, effrayé
Comme moi comme nous
Je cherche un homme avec une lampe à la main
Au milieu d’un désert
Le désert de la ville
En plein soleil au milieu de la foule
Parmi des étrangers sans yeux
Je cherche un homme qui fait vraiment ce qu’il aime
Le beau, le bien, le vrai, le pur
Ouvert sur sa profonde nature
Sans marcher sur les pieds de personne
Au-delà du ça de l’ego et du surmoi
Un être sûr de soi
Sans trop l’être évidemment
Et puis j’ai cinquante millions d’années
Ça vous cogne sur le nez
Et tous les pépères que je fréquente
Pris de la tête ou bien du ventre
Avec une litanie de petits maux
Comme le plus lourd de tous les fardeaux
Parlent de la retraite prochaine
Délivrance souveraine
Vers le vide et le repos
Et la mort certaine
Qui nous guette au tournant
Comme Marc, François et Richard
Qu’on a enterré en pleurant
Sur notre propre misère
Et il faut donc en profiter
De l’argent qu’on a amassé
Enfin le mot est lâché
Avant que de crever
Et c’est à cette heure de vérité
Que toute la futilité
Des grandes quêtes humaines
Apparaît violente et soudaine
Sous son plus triste jour
Les mots ont un secret pouvoir
De s’entrechoquer dans le noir
De ma petite cervelle
Et de rechercher sur le clavier
Lumière et clarté
La rime ne peut pas se tromper
Elle ne sert aucun maître
Elle peut autant faire apparaître
La bêtise la plus charmante
Et la profondeur la plus affolante
Qu’on s’en vexe ou s’en enrage
Les mots accouchent de trous noirs
Dans la galaxie des espoirs humains.

Les mots vont me sauver la peau
Je marcherai au fond des eaux !

Mots clés: pastille médicinale
Mis à jour le Samedi, 14 Août 2010 18:58
 
On ne peut échapper à la solitude Envoyer

Texte _ Denis Girard (2004)

On ne peut échapper à la solitude
C’est du genre humain la cruelle habitude
On peut tendre la main
Courir tous les chemins
Un étrange destin
Nous retient
C’est le mien
C’est le tien
L’amour n’y peut rien
L’amitié encore moins

Tu peux te lancer
Dans des projets insensés
Goûter de la vie
Les plus merveilleux fruits
Vivre en avant de ton temps
Les plus précieux moments
Sans jamais t’arrêter
Chercher la vérité
Elle t’attend
Comme un vieux miroir
Au fond de ta mémoire
Insolent

On ne peut éviter de se retrouver
Dans le silence
Quand les derniers accords
Résonnent encore
Au creux de ton corps
Vides de sens
Quand les tendres mots
Sonnent les plus faux
Absence

On ne peut se consoler
De la beauté gaspillée
De ce talent étouffé
De ces amis perdus
Lorsque les souvenirs
Viennent nous envahir
Sans défense
Les murs n’ont jamais d’oreille
Les portes claquent le réveil
D’un étrange sommeil
L’existence
Et l’on écoute les bruits
D’une maison assoupie
Et l’on se sent si seul
Que la vieillesse nous semble
Une solution

Mots clés: dragée spleenétique
Mis à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 20:57
 


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