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C’est bon d’écouter le silence On a dit qu’on l’avait muselé Alors on est sûr de ne rien entendre Mais c’est surprenant au début Mais si on prend la peine de tendre l’oreille Sans se laisser distraire par les mouches qui volent C’est renversant de le constater Mais il parle le silence et Ce qu’il raconte on a beau se boucher les oreilles On est forcé de l’entendre
Il parle des gens qui courent sans trop regarder Ils ont une idée en tête et elle prend toute la place Ils veulent y arriver coûte que coûte, alors Ils foncent Tous ces gens qui se démènent et frappent les pavés pour arriver à temps Ça fait un bruit d’enfer, comme une armée marchant au pas vers le combat Et c’est normal car les soldats eux aussi ils se dépêchent Pour faire quelque chose qu’ils n’aiment pas Comme tuer des gens
Le silence observe et regarde ceux qui le brisent Et il se tord de rire, un rire de la tête qui passe inaperçu Un rire sur l’inutile, sur les bruits de l’existence Un rire sur les grimaces que font les gens lorsqu’ils font quelque chose qu’ils n’aiment pas Et il n’y a rien de plus facile que d’écouter la raison Et elle est forte la voix de la raison Elle veut toujours nous forcer à faire ce que l’on déteste Et elle gueule des ordres à tout rompre dans le fond de chaque conscience pour se faire écouter Et l’humanité l’écoute religieusement Et laisse les agendas contrôler la vie au rythme du tic-tac De l’horloge que l’on a greffée au bras de chaque personne humaine Pour contrôler le travail qui ne nous donne souvent rien Pour nous remplir le cœur et qui nous use au jour le jour
Le silence ouvre son œil immense sur la beauté de la lumière Il court les sous-bois et flâne à la surface des lacs Se laisse bercer par le vent dans la crinière des arbres Le silence est sourd comme un pot, rien ne peut l’atteindre Il ne reçoit d’ordres de personne Il ne se presse jamais pour répondre aux attentes des autres Il a tourné ses oreilles vers l’intérieur de lui-même Et vit au rythme du souffle qui monte en lui et redescend, inlassablement Rien ne vient bouleverser son rythme si ce n’est le secret de sa paix intérieure Le silence est amoureux, et c’est cela qui lui a bouché les oreilles à jamais Car tout le monde le sait, les amoureux sont seuls au monde et s’aiment en silence Au fond de lui, la passion le transporte et il tremble de plaisir devant tout ce qu’il découvre Il voudrait crier tellement son émotion est grande Mais il ne veut rien gâcher alors il se tait et reste bouche cousue Pour ne rien gâcher
La beauté l’a hypnotisé et il la regarde changer de forme à chaque seconde Ici c’est une jeune femme gracieuse fragile dans sa robe blanche Là un hibou aux yeux jaunes, immobile au milieu du bois Il connaît aussi la laideur qui surgit partout avec fracas Et brise l’harmonie avec le malaise qui la fait souffrir dans chaque parcelle de son corps Et il se sent si triste quand il lui fait face qu’il préfère ne rien dire Le silence voudrait parler de la mort qui est si semblable à tout ce qu’il connaît de la vie Il l’entend qui guette et ça l’inquiète Car il ne sait jamais quand elle va frapper
Alors il choisit de se moquer d’elle Car il connaît tous les petits bruits qui la trahissent Et il sait qu’il l’accompagnera partout où elle ira Et son rôle de témoin lui donne le pouvoir de celui qui sait Qu’elle n’a aucun plan aucune stratégie et qu’elle est un peu folle et Regrette toujours tous les gestes qu’elle pose et répète sans cesse que Ce n’est pas sa faute et Elle tente de se laver les mains, mais elle hurle lorsqu’elle aperçoit les taches rouges Du sang qui lui souille les mains
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